Retour sur St Barth

Oui vous ne rêvez pas, ceci est un nouvel article sur ce blog ! Dernièrement nous avons parcouru 1600 nm (environ 3000 kilomètres) à la voile, ce qui m’a laissé beaucoup de temps pour réfléchir à ce que j’allais vous raconter. Au début je voulais passer à la trappe ces six derniers mois, notre retour sur St Barth après le cyclone, les travaux, la préparation au départ pour arriver finalement à la reprise de notre voyage… Mais chaque expérience est bonne à prendre et finalement ce qui paraissait être de pénibles moments nous décrochent de petit sourire quand nous y pensons, c’est notre vécu, qu’il soit rose poudré ou pas du tout !

Retour sur St Barth

Retour sur St Barth

La dernière fois que j’ai écrit un article, le cyclone Irma était en train de ravager les îles du Nord, nous avions eu la chance de pouvoir les quitter à temps pour nous mettre à l’abri en Guadeloupe. Voir l’article Et puis le cyclone Irma est arrivé. Une dizaine de jours plus tard, nous reprenions la mer direction St Barth, le bateau plein de nourriture, d’eau et de matériel. Nous avions également à bord un charmant jeune couple qui ne trouvait aucun moyen de rentrer sur leur île. Nous sommes partis en convoi avec une dizaine d’autres voiliers, certains avaient comme destination St Martin et d’autres St Barth. Nous avions obtenu l’autorisation du CROSS pour entrer dans les eaux des îles du Nord, quadrillées par l’armée suite aux actes de pillage dans la zone de St Martin.

Retour sur St Barth

Retour sur St Barth

Retour sur St Barth

Retour sur St Barth

Une fois arrivés à St Barth, nous avons déchargé notre cargaison au port commerciale, première fois qu’on s’amarrait à la place des cargos et première fois que j’ai lancé mes amarres à des gendarmes ! Scène surréaliste, on nous a donné des pains au chocolat … Tu viens sur une île cyclonée à peine deux semaines auparavant et la boulangerie est déjà opérationnelle, on était scotché. Les seules nouvelles que nous recevions en Guadeloupe c’était les bilans catastrophiques des journalistes « St Martin et St Barth détruites à 95% », on s’attendait à trouver le chaos, des débris partout dans l’eau, les quais détruits. Au lieux de ça on a trouvé une vraie fourmilière de petites mains qui s’activaient comme jamais, les routes parfaitement dégagées et des tas de camions en va et viens vers la déchetterie. Les quais étaient intacts, il faut dire que le port avait fait passer l’ordre aux plaisanciers de partir deux jours avant le passage du cyclone. Certains bateaux sont restés, on a vu un petit voilier bleu qui de loin semblait avoir résisté, de prés nous avons constaté un trou énorme sur le pont.

Retour sur St Barth

Le quotidien après le cyclone

Nous sommes retournés au mouillage, sur un corps mort qui a tenu le coup, dans la rade de Gustavia. Doucement nous réalisons la violence du phénomène qui s’est abattu ici, les arbres sont nus, une fumée épaisse semble provenir de St Jean et crée un énorme nuage gris dans le ciel. Nous voyons des amis à nous, nous fonçons à leur bateau, l’ambiance est euphorique et électrique, chacun raconte comment il a vécu ces événements.

Retour sur St Barth

Retour sur St Barth

Retour au travail dès le lendemain pour moi, la veille j’avais croisé une collègue qui m’avait confirmé que la supérette bio où je travaillais était toujours debout. Elle a pris un mètre d’eau durant le cyclone, la terrasse est par terre, il faut tout nettoyer, sauver ce qui peut l’être et jeter le reste, rouvrir dès que possible. Il y a une bonne ambiance malgré la chaleur, l’odeur de moisissure et les moustiques qui attaquent par dizaine.

Durant les pauses, mes collègues me racontent l’horreur qu’elles ont vécu, l’effroi est palpable dans leur regard. Je ne souhaite à personne de connaître ça ! Des habitants ont mis des jours avant de trouver la force de sortir de chez eux. Elles m’ont avoué également qu’elles ne pensaient jamais me revoir.

Retour sur St Barth

William, lui, est au chômage technique jusqu’à la fin de son contrat, deux mois plus tard. Il ne s’est pas démonté et a commencé à entreprendre des travaux sur Peter Pan, les vaigrages, travaux de maintenance sur le moteur etc. Cela a été une perte financière pour nous, mais nous avons réussi à trouver des compléments de revenus, lui en tant que bûcheron dans les jardins, moi au ménage dans les villas.

Au bout de quelques jours nous reprenons notre place sur bouées dans l’enceinte du port, William a vérifié les corps morts. C’est de bonne augure car l’île est de nouveau en alerte cyclone pour le passage de Maria, qui au final ne fera qu’effleurer St Barth. Nous sommes restés à bord de Peter Pan que nous avons amarré sur les bouées voisines en plus par sécurité.

Retour sur St Barth

Le réseau téléphonique est aléatoire et quand je rentre du travail, je dois siffler pour prévenir William de venir me chercher en annexe. Mes petites voisines sont souvent plus rapides que lui, Clara et Lise respectivement 9 et 11 ans, deux amours !

Les supermarchés ont eu beaucoup de mal à refaire leurs stocks, c’était parfois la guerre pour trouver du frais, du surgelé. Les gens avaient tendance à acheter en gros et les jours de livraison, il y a une queue monstrueuse aux caisses. Les premières semaines je ne passais au supermarché que pour m’acheter une boisson fraîche pour m’accompagner sur le chemin du retour, vingts minutes sous une chaleur torride et acheter du pain, la boulangerie étant fermée quand j’arrivais en ville.

Ps : Si c’était à refaire je me prendrais un scooter, la distance avait beau être assez courte de Gustavia à St Jean, c’était sans compter que la chaleur est étouffante en saison cyclonique. « La fille qui marche », mon surnom sur St Barth !

Retour sur St Barth

William n’ayant plus de travail, nous avons décidé de reprendre notre voyage une fois mon contrat terminé. J’ai appris quelques semaines après notre départ que le magasin où je travaillais avait définitivement fermé. Même si cette île s’est relevée incroyablement vite, notamment grâce au courage de ses habitants, ce cyclone a été coup terrible. J’ai longtemps fantasmé le départ de cette île avant le cyclone, j’ai éprouvé beaucoup de honte après. Honnêtement ça a été un soulagement de partir même si bizarrement j’ai ressentie un gros pincement au cœur à ce moment là.

La suite dans moins de six mois, promis !

Salty kiss,

La paresseuse

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