Île à Vache, Haïti

île à Vache

Haïti est le pays le plus pauvre des Caraïbes et frontalier de la République Dominicaine. Après nos recherches lors de notre dernière escale, nous repérons ce qui semble être un arrêt parfait pour nous, l’Île à Vache. Selon le guide que nous survolons durant la navigation, la petite île est une pure merveille, ses habitants sont accueillants et chaleureux mais bien évidemment très pauvres. Nous n’avions pas prévu cet arrêt lors de notre départ de St Martin et nous n’avons pas grand chose à leur offrir malheureusement. 

Un jour et demi de navigation après avoir quitté la République Dominicaine, le vent nous lâche de nouveau. C’est au moteur que nous arrivons à proximité de l’île à Vache où nous décidons de nous arrêter. Nous sommes assez épatés de voir des pirogues accommodées de voiles de fortune qui servent à pêcher. A l’entrée, dans la baie de Caille Coq, plusieurs pirogues sont à l’eau, nous comprenons que nous sommes attendus. Les nouvelles vont très vite sur cette petite île qui compte 20 000 habitants à ce que l’on raconte.

île à Vache

Nous n’avons pas encore posé l’ancre que plusieurs jeunes nous propose leur aide «  c’est comme ça ici ». Nous déclinons gentiment, en précisant que nous verrons tout ça une fois installés. Nous choisissons de mouiller au milieu de la baie, balayée par le vent, ce qui empêchera que les moustiques prennent leurs quartiers sur Peter Pan. Les jeunes restent à proximité et son rejoint par d’autres pirogues, chacun nous souhaite la bienvenue et nous propose leurs services de guide, pour trouver à manger, de l’eau, du carburant, … Nous n’avons besoin de rien et expliquons que nous avons besoin de nous reposer un peu, de faire à manger mais le défilement continu. C’est une quarantaine de personnes qui passeront nous saluer en une demie journée et au passage nous échangeons un masque de plongée et quelques billets contre deux langoustes à un pêcheur, le dîner de ce soir !

île à Vache

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Nous recevons la visite de Willhelm, chargé par la mairie d’accueillir les plaisanciers et de collecter la taxe de mouillage, nous paierons 5 $US pour les quelques jours que nous prévoyons de passer ici. Pour faire sa clearance il faut aller à la ville des Cayes à une 1h en lancha. Le soucis c’est que nous sommes jeudi, les bureaux sont fermés le week end et nous prévoyons de repartir le lundi suivant tôt le matin, ce qui pose problème pour faire la sortie. Nous prenons le risque de ne pas faire l’entrée administrative, Willhelm nous précise que les gardes côtes ne passent pas souvent et encore moins le week end, ce qui est plutôt rassurant.

île à Vache

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En fin d’après midi nous mettons l’annexe à l’eau, nous irons à terre à la rame, la distance étant assez courte. Nous allons boire une bière locale chez Wiltor, qui tient une petite échoppe sur la plage, lui aussi est passé au bateau. Une table de pic nique en bois, quelques étagères remplies de friandises, de rhum et une glacière pour les bières fraîches, tel est le petit commerce de Wiltor et sa femme. Sa fille joue un peu plus loin dans le sable et ils nous expliquent que leurs autres enfants sont déjà plus grands. Une rencontre très sympathique et nous en apprenons un peu sur la façon de vivre ici.  Wiltor nous propose de beacher l’annexe devant son commerce ainsi il pourra y jeter un œil, nous avons trouvé notre point de chute pour nos prochaines visites à terre, génial !

île à Vache

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Nous admirons la baie et ses couleurs pastels au couché du soleil, les enfants qui passent à dos de mules, d’autres qui jouent sur la petite aire de jeux. D’autres jeunes passent et nous proposent d’aller en ville pour nous et nous acheter une puce de téléphone. Nous expliquons que nous ne resterons pas longtemps et que nous avons simplement besoin d’internet pour télécharger les fichiers météo, quelques mégaoctets seulement. Nous rencontrons également un couple d’anciens navigateurs qui ont fait construire une maison ici et y vivent six mois dans l’année, Ginou et Loïc. Nous irons à leur rencontre le lendemain pour leur demander des informations et ils ont été très instructifs. Sur le chemin, des bouts de choux d’environ 5 ans nous proposent d’être notre guide.

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Ginou et Loïc nous conseillent de faire attention au prix pratiqués, les jeunes ici ont pour but de faire « de gros coups ». Par exemple, Papou, un adolescent de 15 ans qui venait nous voir environ trois fois par jour, m’a demandé 10$US pour trois mangues qu’ils avaient probablement fait tomber de l’arbre à coup de pierres vu l’état … Nous étions également intéressés pour acheter des œufs mais Ginou nous l’a déconseillé «  ils sont capables d’aller les chercher dans la nature et au lieu d’une omelette vous risquez de vous retrouver avec des poussins à bord »…

Ils nous ont indiqués tous les prix pratiqués pour nous rendre à la ville des Cayes. Le prix de la lancha pour y aller, la barque pour accéder à la rive et celui du porteur duquel on monte sur le dos pour atteindre la terre ferme … Il n’y a pas de ponton et c’est très sale, d’ailleurs le lieu s’appelle le ponton cochon. L’Etat avait pour projet d’en faire construire un mais les habitants s’y sont opposés, cela aurait détruit plusieurs emplois.
Entre autre ils nous ont également conseillé deux très bons restaurants où ils ont leurs habitudes, celui de Jean-Jean et sa femme Rosemina et celui de Ruth qui donne sur la baie côté port Morgan, accessible en annexe car il y a un petit ponton.

île à Vache

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En sortant de chez Ginou et Loïc, nous nous rendons au premier restaurant pour commander notre repas. Pas de réfrigérateur, pas de stock de nourriture possible, ici ils cuisinent seulement à la commande. Le rendez-vous est prit pour le soir même, ils ont déjà une table de réservée par nos voisins de mouillage américains. Le soir venu, nous décidons de manger tous ensemble à la même table, c’est plus convivial, pour eux du poulet et pour nous langoustes façon boucanée, un vrai régal ! Le couple d’Américains nous raconte les histoires de leurs voyages et nous apprennent aussi qu’ils ont payés dix fois le prix normal pour se rendre à Les Cayes, nous comprenons tout le sens de « gros coup ». A la fin du repas, ils rentrent à leur bateau en canoë et nous restons boire une bière supplémentaire avec nos charmants hôtes.

Malheureusement pour nous, le temps passe, la houle se lève et nous regrettons de ne pas avoir installé le moteur sur notre annexe. Aux premiers coups de rames William casse les dames de nage, nous prenons une rame chacun et essayons d’être synchro mais comment dire … on est complètement pompettes ! Un fou rire nous prend alors que nous ne sommes qu’à quelques mètres du bateau, on rame de toutes nos forces et on a l’impression de faire du sur place. Nous mettrons un bon trente minutes pour rejoindre Peter Pan.

Nous irons chez Ruth à la fin de notre court séjour sur l’île à Vache, les yeux cernés mais éblouit par le sourire de cette femme et sa bonne humeur communicative. Du poulet cette fois pour nous et une foule d’accompagnements, c’est fou ce que font les femmes ici avec si peu de moyens. A voir, la vidéo de notre repas chez Ruth, à la fin de cet article.

île à Vache

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La veille nous nous étions rendu à la ville de Les Cayes, 1h de lancha sous une bâche en plastique pour nous protéger des embruns. Le moteur encrassé de notre embarcation s’arrêtera plusieurs fois en cours de route. Une fois arrivé dans la baie du ponton cochon, notre lieu de débarquement, il faut prendre une barque pour nous rapprocher de la rive où les porteurs viennent nous chercher pour nous porter sur leur dos jusqu’à la terre ferme. Toute une aventure ! Ici nous avons pu nous rendre à la banque, retirer un peu d’argent et monnaie locale et en dollars américains pour la suite de notre voyage. Nous comptons aussi « faire travailler » un jeune ou deux qui continuent de passer au bateau du soir au matin.

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Nous allons au marché et nous avons la désagréable sensation de n’être que des portefeuilles sur pâtes. On me demande 5$US pour trois oignons… Après une longue négociation nous repartons avec quelques tomates, des poivrons et un concombre pour un prix correct. Nous faisons le tour du marché couvert et extérieur où les bêtes sont vidées sur place, les boyaux jetés un peu plus loin, âmes sensibles s’abstenir. Des marchands ambulants passent avec des farandoles de coqs morts accrochés à leur ceinture. Nous passons aussi par un magasin d’exportation pour y acheter des œufs selon les recommandations de Ginou.

De retour à la lancha de notre capitaine, un scandale éclate, apparemment nous aurions dû payer plus chère. Nous, ce sont les trois couples de plaisanciers dont nous faisons parti. D’ailleurs l’un des couples se verra dans l’obligation de payer une deuxième fois, ils avaient réglé l’aller-retour lors du débarquement. Et pour la petite histoire, ce couple venu en ville pour leur clearance de sortie, ont trouvé les bureaux de l’immigration fermé ce samedi, ils quitteront Haïti sans.

A Caille Coq, une houle impressionnante s’est levée et nous ne pouvons retourner sur Peter Pan depuis la lancha. Elle se fracasserait contre la coque, repeinte il y a seulement quelques mois. Des voisins nous dépose en dinghy et nous changeons de mouillage pour rentrer à l’intérieure de la baie, côté Port Morgan.

île à Vache

île à Vache
Levé du soleil sur notre nouveau mouillage.

Papou le téméraire est encore là sur sa pirogue durant nos manœuvres et William est obligé de hausser le ton afin qu’il s’écarte. Papou avait beaucoup insisté pour nous servir de guide en ville mais honnêtement vous pouvez vous en sortir seuls. Il insiste également beaucoup sur le fait qu’il a absolument besoin d’un téléphone, que ça coûte 800$US et que ce n’est pas cher. Évidemment nous ne sommes pas d’accord mais le débat est stérile. Devant son insistance, nous lui proposons de venir le lendemain matin pour un petit travail, nettoyer les inox, histoire de lui faire GAGNER son argent et non simplement lui donner. William lui prépare un pack avec du matériel afin de pouvoir proposer un service complet aux plaisanciers dans le futur. Papou est repartit en oubliant son pack le lendemain, je pense qu’il était déçu de ne pas avoir assez pour son téléphone.

Une bonne leçon pour moi qui ai insisté auprès de William pour leur trouver quelque chose à faire. Finalement ici l’important n’est pas de trouver du travail mais seulement de trouver de l’argent, ils vivent au jour le jour, demain a peu d’importance. Il est très difficile de trouver le juste prix des choses ou des services dans un pays comme Haïti, il serait indécent de donner à ces jeunes pour quelques heures de travail bâclé ce que gagne leur père en mois d’un travail acharné. Mais ne sommes que des êtres humains et ne pouvons rester de marbre face à tant de pauvreté et de détresse, nous avons donné ce que nous pouvions, ce qui semblait être vital, vêtements, articles de pêche, nourriture mais sommes conscients que ce n’est qu’une goutte dans l’océan.

Voici une liste non exhaustive de biens qui nous ont été demandé :

  • des masques, tubas, palmes
  • du matériel de pêche
  • des lunettes de soleil et des chapeaux/casquettes
  • des transformateurs, des régulateurs et des batteries de panneaux solaires
  • des voiles même très usées
  • des produits d’hygiènes, savon, shampoings etc

Dernière balade avant notre départ, nous n’allons pas très loin mais assez pour en prendre plein la vue.

île à Vache

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La vidéo de notre visite chez Ruth :

Salty kiss,
La paresseuse

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