Et puis le cyclone Irma est arrivé

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Une semaine que ce phénomène était étroitement surveillé, il a touché les Petites Antilles ce 06 septembre 2017. Ce cyclone à tout ravagé sur son passage, emportant des vies, des maisons, des rêves, …

Une saison cyclonique aux Antilles

Nous avons passé toute la haute saison en Guadeloupe à louer notre cabine via Airbnb, profitant de prendre la mer entre deux réservations. En mars dernier, voyant la saison cyclonique arriver à grands pas, nous avons étudié nos comptes en banque, nos dépenses et nos possibilités de voyage… Nous n’aurions pas pu aller très loin !

Retourner dans le sud des Antilles ? Parce que c’est là où on va entre mai/juin et novembre, c’est l’endroit idéal pour éviter un max de tempêtes, dépressions tropicales et autres cyclones. On aurait pu, je pense, si on avait fait un stock suffisant de conserves chez Leader Price en Martinique, choisis une île pommée des Grenadines et qu’on n’était pas sortis de notre bateau afin de ne rien dépenser pendant des mois. Mode Robinson, qui pêche pour manger, fait du troc contre des fruits. Ensuite on serait certainement remonté, ruiné, dans les îles françaises pour bosser et rebelote c’est reparti pour un tour. Ce n’est pas ce que nous voulons.

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Ce qui nous plombe c’est le coût du crédit du bateau. C’est une dépense incompressible jusqu’à son acquittement, encore un an. Alors nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait travailler ! Garder notre avance, arriver à la fin de ce foutu crédit, tout en mettant assez de côté pour nos dépenses loisir et voyage ! On veut être à l’aise, profiter pleinement des pays visités, arrêter de courir après les économies car ça prend trop de temps et d’énergie.

Nous avons pris la direction des îles du Nord début avril. En quelques semaines nous avions tous les deux un travail correct et plutôt bien payés, sur l’île de Saint Barthélemy.

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Saint Barthélemy

Et puis les mois se sont écoulés, nous avons affiné notre programme de voyage à nos contraintes financières et vice-versa. Pour arriver au meilleur équilibre possible et à une date de départ plus rapide vers d’autres aventures. Notre but : profiter de ces mois de haute saison pour profiter de voyager à la voile et faire une belle boucle à travers les Grandes Antilles et un peu plus loin.

Nous avons fait le pari qu’il n’y aurait pas de cyclone et que tout allait rouler, on l’a perdu et Irma prend le chemin dont nous rêvons.

Ce n’était pas vraiment un pari, dame nature ne joue pas à ça, on ne pari pas avec la mer non plus. On fait des choix, on en mesure les conséquences, les risques et toutes les options qui s’offrent à nous si ça part en vrille. Et puis à un moment, il faut foncer.

Cette saison cyclonique a été mouvementées depuis le début, de nombreux phénomènes avec 80% de chance de devenir un cyclone sont passés sur nous. Il y a une semaine un phénomène inquiétant s’est transformé en tempête tropicale, on l’a nommé Irma. Et elle passe au dessus de l’arc Antillais, au moment où j’écris ces lignes, en cyclone de catégorie 5, l’un des plus monstrueux qu’ont connu les îles des Petites Antilles. Elle est suivie d’une autre tempête tropicale nommée José, prévue pour ce weekend. [Edit José est passé au stade ouragan ce vendredi 07 septembre]

Passage du cyclone Irma

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Nous avons quitté Saint Barthélemy dimanche matin, mon jour de repos, William n’est pas allé travailler. Nous avions le pilote-auto de démonté, car mon capitaine attend les pièces commandées pour le réparer définitivement. Il a travaillé jusqu’à 2h du matin, réveillé à 6h dimanche pour tout rebrancher et que ça tienne ! Rangement et administratif pour moi, préparation du bateau à la navigation pour Will, qui a plongé dans le port pour enlever les coquillages sur l’hélice. A 9h30 on décollait de St Barth, après une livraison express de gasoil, deux bidons, un immense merci au Capitaine de Green Turtle, Chris. L’entraide entre marins c’est magnifique. La navigation s’est très bien passée, 4 mois que n’avions pas pris la mer, personnellement je l’ai sentie dans mes bras le lendemain matin. Avec Green Turtle et Hey Jo, deux bateaux voisins, nous nous sommes suivis à la VHF tout le long. En fin d’après midi, lundi, nous atteignions la Guadeloupe, escortés par les dauphins au large de Deshaies.

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Hey Jo

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Nous avons fait une grosse bêtise, naviguer toutes voiles dehors avec un appui moteur… Ce qui a entraîné une consommation excessive de gasoil et faussé les prévisions de William quant au carburant. A environ 1 mile de l’entrée du port de Rivière Sens, le moteur s’est arrêté, nous avons sortis les voiles, à 1 noeud de vitesse il nous fallait 1h pour y arriver. Hey Jo était déjà sur sa place de port, Green Turle au mouillage devant et ce dernier est revenu à nous, avec son annexe, pour nous filer encore un bidon de carburant. C’est la providence qui l’envoi ce Chris ! A ce moment là, nous n’étions même pas sûrs d’avoir une place, Green Turtle et nous, il a fallu aller vérifier par nous même.

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Une fois le moteur réamorcé, nous avons pu entamer notre entrée dans la passe du petit port de Rivière Sens. Cette attente, ce ralentissement dans ta course et l’incertitude d’avoir une place au port étaient extrêmement angoissants pour moi, pour nous. Entrée quelque peu laborieuse, mais bonne nouvelle il y avait de la place ! Personnes pour nous indiqués la bonne pour les 12 mètres de Peter Pan, William a fait quelques demi-tour dans un mouchoir de poche. J’ai eu bien chaud, en panique sur le pont. Les gars des bateaux d’à côté sont venu nous aider en poussant Peter Pan avec leur annexe. Une fois amarrés, nous avons essuyé le stress ambiant. On nous a dit que l’on prenait la place de quelqu’un, qu’il faudrait certainement bouger. Encore de l’angoisse à notre ardoise.

Finalement nous sommes restés là. Mardi matin, nous avons commencé à nous préparer au passage d’Irma. Administratif et courses pour moi, préparation du bateau pour William, amarrer Peter Pan comme il faut, trouver et installer des pare-battages supplémentaires et des pneus autour de la coque. Je l’ai aidé du mieux que j’ai pu. En fin d’après midi, les gendarmes sont venus évacuer le port et indiquer où se trouvaient les points d’accueil en dur. Nous n’avons pas bougé.

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Le soir venu, plusieurs grains, beaucoup de pluie mais assez peu de vent et de houle. William a assuré avec le choix du port. Vers 23h, il entend de l’agitation dehors, un gros bateau de pêche tente une entrée dans le port, il y a une forte houle dehors. Problème, le passage est bloqué par des cordages, les bateaux à l’entrée ont rajouté des bouts supplémentaires au ponton d’en face bloquant ainsi l’entrée vers l’intérieur de la marina. Quelques heures après, ils ont réussi à amarrer ce bateau au bout du quai à l’entrée.

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Nous n’avons subi aucun dommage, autour de nous non plus. La mer est toujours dangereuse et nous allons rester quelques jours au port et surtout attendre le passage de ce deuxième cyclone, José.

Nous sommes partis au bon moment, ni trop tôt, ni trop tard et dans la bonne direction. On apprend de ses erreurs, la prochaine fois on veillera à avoir le plein de gasoil !! Je suis fière de nous, depuis une semaine nous étions tracassés par l’arrivé de ce cyclone Irma et les décisions qu’il fallait prendre, tout en étant parasités par la douce frénésie ambiante sur les îles. Plus le phénomène se rapproche, plus les gens parlent, paniquent pour certains, tu entends tout et son contraire, ponctuée d’anecdotes catastrophiques, de conseils en tout genre, sur ton de dramatisation.

Nous avons remporté un pari, celui de faire le bon choix.

Nous sommes désolés pour les îles qui ont été le plus durement touchées et celles qui vont l’être. Toutes nos pensées vont vers les personnes présentent sur St Barthélémy, Saint Martin et ailleurs, celles qui ont perdu quelqu’un ou quelque chose.

Pour nous maintenant, il s’agit de trouver le bon moment pour retourner au Nord, affréter des vivres et du matériel, reprendre notre vie et aider notre île d’accueil, autant que nous le pourrons.

Merci à tous de votre soutien, sur la page facebook et insta !

La paresseuse

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