Bilan : six mois de voyage en voilier

Voyage voilier

C’est après les attentats de Paris, le 13 novembre 2015 que j’ai pris la décision de suivre William autour du monde, nous étions alors en Espagne. Quelques mois après notre rencontre j’étais partie l’accompagner jusqu’au Maroc. À mon retour en France j’avais trois mois pour me préparer à tout quitter, appartement, amis, famille, nièce et neveu. Le 13 février j’embarquais pour Fort-de-France et une nouvelle vie.

Retrouvailles et voyage en voilier

Voyage voilier
Souvenir du Maroc

Les retrouvailles ont été intenses évidemment et quelques jours après mon arrivée je me familiarisais de nouveau avec le bateau. Mais je dois avouer que les débuts ont été difficiles.
Au niveau de notre couple, nous ne sommes plus vraiment en phase. J’arrive directement de Paris avec toute l’excitation liée à ce changement de vie radical. Je me suis préparée à passer le Panama au mois de Mai prochain, mais à son arrivée en Martinique William change de plans, nous resterons un an aux Antilles.

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Lui, il vient de traverser l’Atlantique avec son voilier, en 29 jours, presque coupé du monde même s’il n’était pas seul à bord. Il a vécu une grande aventure et maintenant il a envie de profiter, prendre son temps. Il a besoin de partager cette expérience avec ceux qui l’ont vécu aussi de leur côté, les autres plaisanciers, nos voisins de mouillage, de port, etc. De mon côté, je ne participe pas beaucoup durant ces échanges.

– Et toi Aurélie la trans’Atlantique c’était comment ? – Moi ça va, j’ai mis 8h, j’avais pris XL Airways, c’était cool, le plateau repas était plutôt bon… Voilà Voilà  

J’exagère bien sûr mais c’est un peu ça. Je suis un peu vue comme « la parisienne qui ne va pas faire long feu » pour ceux qui ne me connaissent pas… Et je peux le comprendre, je n’ai pas vraiment des tenues faîtes pour naviguer, je ressembles plus aux touristes qui louent un bateau charter au port qu’à une fille qui vit en mer 7j/7. En plus au début j’avais encore les cheveux lisses ! Pour couronner le tout je ne m’intéresse pas vraiment aux côtés techniques des bateaux, les histoires de winch, d’antifouling, et de moteur ça ne m’intéresse pas plus que ça… Et j’ai beau apprécier les personnes que je rencontre, ces moments là sont très longs, souvent je perds le fil des conversations et mon sourire de blonde candide est finalement très utile.

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Photo provenant du blog de William

Le temps passe et je me rends vraiment compte de la chance que j’ai de voyager ainsi, de voir autant de paysages somptueux. Mais tout a un prix et voyager en bateau c’est faire face à une certaine charge de travail. A chaque déplacement par exemple, nous devons remonter le moteur de l’annexe à bord du voilier, puis remonter l’annexe sur le pont, préparer le bateau : ranger, caler la vaisselle et tout ce qui pourrait voler pendant le trajet etc. De plus les navigations sont particulièrement fatigantes pour moi, je fais la cuisine difficilement avec la chaleur, souvent à deux doigts d’être malade. Ça ne m’étais jamais arrivée en Méditerranée.

Au début nous avons multiplié les mouillages et les déplacements si bien que nous avons visité la Martinique en express. Petit à petit je me suis un peu lassée de cette façon de voyager, sans but réel. J’avais l’impression de ne faire que passer, je n’arrivais pas à m’imprégner des lieux, des ambiances. La fatigue aussi nous joue quelques tours et des disputes éclatent un peu pour rien. Passer l’émerveillement des premières semaines, je commence à m’ennuyer et à culpabiliser de m’ennuyer ici, au paradis, alors que rien ne vient troubler mes paisibles journées. C’est justement ça, c’est peut-être un peu trop calme.

Un mode de vie fait pour moi?

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Un mois seulement après nos retrouvailles j’en suis là. J’ai vraiment du mal avec ce rapport au temps, trop de temps pour moi, pour penser à ce que je ne ferai pas plutôt qu’à ce qu’il serait possible de faire. Il faut dire que sur un bateau le temps passe plus lentement. Et même après avoir fait de nouveaux projets communs avec Will, nous louons désormais une cabine sur le bateau, je continue de culpabiliser.

Je culpabilise d’avoir suivi mon mec un peu sur un coup de tête, on me dit « Bravo c’est beau de suivre ses rêves » mais ce n’est pas mon rêve à moi… Je n’ai rien fais moi, j’ai juste suivi mon mec. J’ai l’impression de ne rien faire de ma vie, d’être inutile. Niveau moral je suis à plat, je me sens très seule, un peu perdue à ce moment là. William ne comprend absolument rien à mon état, j’ai tout pour être heureuse mais non ! Il est même prêt à trouver du travail sur la Guadeloupe et mettre le bateau au port pour que je sois entièrement indépendante. Mais je sais déjà que ce n’est pas la solution, il serait trop malheureux dans un port. Je me suis même convaincue de rentrer en métropole. La vérité c’est que j’ai beaucoup de mal à imaginer mon avenir ici, tout est différent de ce que j’ai connu jusqu’à présent.

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Et puis l’annonce Airbnb a bien marché et sans que nous nous y attendions, les réservations se sont multipliées. Finalement recevoir du monde à bord nous a naturellement éloigné de nos problèmes personnels, pour faire bonne figure nous les avons mis de côté. Les voyageurs se sont succédés et ça a été un véritable plaisir. Non seulement nous étions fière de nous, fière du bateau aussi mais c’est seulement à ce moment là que nous avons réellement retrouver notre complicité. C’était comme une petite victoire, quelque chose qu’on aurait construit tous les deux. Une solution pour l’avenir peut être.

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Quoi qu’il en soit, nous avons commencé à nous écouter l’un l’autre. A faire de petits efforts qui pris à part ne sont pas très signifiants mais mis bout à bout, ces petites attentions, ces pas vers l’autre on fait de véritables miracles. Je l’accompagne à la pêche, il m’encourage à trouver des nouvelles occupations, des nouvelles passions. On se fait confiance de plus en plus et cela se ressent lors des navigations. Je connais mes limites et je n’hésite plus à les exprimer, si je me sens de naviguer seule jusqu’à minuit je le fais, sinon on trouve une autre solution par exemple. On ne s’impose rien, il en ressort une grande sérénité au sein de notre couple. Je prends de plus en plus confiance en moi et recevoir des novices à bord renforce ce sentiment. Je me rends compte de ma progression, je suis particulièrement à l’aise à bord, je l’ai toujours été. Ça impressionne certaines personnes et ça me rend fière, finalement ce que je fais ce n’est pas donné à tout le monde.

Et maintenant ?

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Six mois de voyage à la voile, une dizaine d’îles visitées, une vingtaine de personnes reçues à bord et un an d’amour. Voilà a peu près où nous en sommes aujourd’hui ! Nous voyons plus loin, nous parlons projets petits et grands, nous voulons continuer à recevoir du monde à bord et cela va demander des aménagements et de refaire la déco ! Nous avons envie de nous faire plaisir et faire plaisir.

Moi, je vais beaucoup mieux, c’est une offre d’emploi en or, en métropole, qui m’a fait comprendre que je ne quitterai William et Peter Pan pour rien au monde. Cela a pris du temps mais finalement nos musiques se sont accordées à tous les trois. Dans le fond je pense que j’avais surtout peur de ne pas être à la hauteur, quand je vois ce que font les autres femmes qui vivent sur des voiliers je me dis que Will mérite mieux que moi. Mais ça c’était avant ! J’ai arrêté de culpabiliser, j’ai commencé à profiter simplement de l’instant présent, après tout cette vie pourrai vite s’arrêter si nous devions faire face à un coup dur financier, une panne grave, … L’avenir se dessine doucement et ça me fait du bien.

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Nous parlons de passer le Pacifique, du budget à prévoir pour une caisse de bord opérationnelle. Il va falloir travailler dans les mois qui viennent si nous voulons profiter de la haute saison touristique pour se renflouer un peu. Il est difficile de faire des économies aux Caraïbes, sur n’importe qu’elle île le coût de la vie est horriblement élevé, beaucoup plus qu’en métropole. Nous avons choisi la Guadeloupe pour nous poser quelques mois avant de repartir visiter les Grandes Antilles cette fois. Sur notre wishlist St Barth, St Martin, les Îles Vierges, Porto Rico, la République Dominicaine,les  îles Turks and Caïques et CUBA !

Il semble assez difficile de passer le canal du Panama la même année donc nous envisageons de refaire le même tour qu’en ce moment même, c’est à dire descendre vers l’archipel des Grenadines dès le début de la saison cyclonique 2017. Et pourquoi pas rejoindre le Panama en remontant les Sud Américaines… Mais ça, c’est une autre histoire et tout ceci n’est que projet pour le moment.

C’est un mode de voyage très slow, vous l’aurez compris, mais si vous disposez d’un énorme budget tout cela n’est que broutilles ! Le problème de l’éloignement avec la famille se pose également, Will a quitté la sienne en octobre 2015. C’est une problématique mais nous imaginons des solutions pour y remédier constamment. Nous profitons de chaque opportunités qu’offre notre situation et il le faut ! Sincèrement je trouve que nous nous en sortons vraiment bien. On fait attention à chaque dépense sans se priver pour autant. Nous avons changé notre manière de consommer en général. Bon ok surtout moi ! On commence à bien connaître les mentalités, ce nouvel environnement, les prix en général, les bons plans et les lieux à fuir. On s’adapte bien partout où on passe, on partage, on prend plaisir tout simplement.

Actuellement je vous écris de l’île de Grenade d’où je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures, prenez soin de vous !

Aurélie

12 commentaires

  1. Merci énormément Christine, c’est un bonheur de recevoir ce genre d’encouragement ! Pourquoi pas nous rejoindre, c’est une expérience vraiment unique que de vivre à bord d’un voilier. N’hésitez pas à regarder les annonces Airbnb près de chez vous, il y a beaucoup de séjours cool sur tout type de bateaux.
    A bientôt et merci encore 😉
    Aurélie

  2. Coucou Aurélie,
    Je viens de découvrir votre instagram et de fil en aiguille votre blog
    Votre dernier post m’a profondément touchée et je me suis imaginée à votre place, tout lâcher ainsi demande un grand courage et une volonté à toute épreuve, il fallait en avoir pour franchir ce grand pas, ce pas énorme que vous avez fait.
    La vie en bateau est tellement éloignée de la vie sur le plancher des vaches que l’on a du mal à se laisser porter, à oublier qu’il faut apprendre à vivre différemment et savoir profiter des petits bonheurs que nous offre la vie, une vie que l’on appréhende parce qu’elle nous est inconnue tellement nous sommes modelés pour correspondre à l’image, au moule que la société veut nous voir assimiler.
    Je vais continuer à vous lire parce que vos mots sont étonnement frais, réels et si touchants et puis je continuerais à rêver ainsi à ce bateau dont j’ai toujours rêvé, à ce plaisir prenant qu’est celui de prendre la mer, mon mari n’a jamais voulu franchir le pas alors j’envie votre courage et votre volonté à tous les deux de vouloir une vie différente
    Voguer matelot et capitaine, vivez une vie heureuse et merveilleuse, vous avez l’avenir devant vous, profitez en
    Bon vent à vous
    Christine

  3. Attention François on devient vite accro 😉 Pour ma part ce qui a été difficile c’est d’oublier mes anciennes aspirations de vie pour profiter des nouvelles opportunités qui s’offraient à moi. Nous sommes des nomades maintenant, des mers en plus, il y a des avantages et des inconvénients… Le reste c’est devenu le quotidien, l’entretien du bateau, les navigations, la planification des prochains travaux, …
    Donc si Madame et les enfants ne sont pas malades c’est déjà une victoire, le reste ça vient doucement mais naturellement. Tu connais les groupes « partir en mer et vivre à bord » et  » tour du monde en bateau » sur Facebook ? Tu trouveras des blogs, conseils et témoignages de familles, de couples etc
    Merci pour ton message 🙂
    Aurélie

  4. whaou ! Merci pour la franchise et la vérité de ton regard sur toi-même et la situation. Je réfléchis à tout ça ces temps moi qui voudrais vivre avec un bateau/partir avec ma famille pour un projet similaire. J’ai réussi à les emmener naviguer cet été pour une première expérience de 2 semaines en Grèce. Ma compagne Samia réfractaire (trop de matos à gérer, trop secouée), un petit de 9 ans emballé mais sans le dire et notre ado de 15 ans…disons… résignée…C’était intéressant. Samia ma compagne était obligée de lâcher prise parce qu’elle ne maitrisait pas grand chose et c’est la meilleure chose qu’elle pouvait vivre selon moi. Le petit se sentait fier de son papa qui assurait pour la famille. Et ma fille ado était volontiers aidante quand ça chauffait, juste pour l’adrénaline délicieuse que ça lui procurait. J’avais trouvé la formule suivante : naviguer très tôt le matin lorsque la mer était calme et que tout le monde dormait. À 10:00 h on était rendus…Je suis en train de finir de YachtMaster Offshore à Lisbonne chez Fabrice pour essayer de travailler avec un bateau, sur Marseille dans un premier temps, plus loin ensuite. Je cherche une formule satisfaisante…Bon vent à vous. François

  5. Merci Hélène pour tes encouragements 🙂 Pourquoi pas nous rejoindre, c’est un excellent moyen de se tester
    A bientôt 😉
    Aurélie

  6. C’est exactement ça 😉 Accepter qu’on ne peut pas tout contrôler, tout planifier et vivre au jour le jour en essayant de ne pas trop se soucier de demain (en plus ce sera sûrement une belle journée) 😉
    Au plaisir de te lire Gwendal

  7. Bravo de n’avoir pas cédé aux premières angoisses.
    Ce tour du monde devient le tien. . Vit le à fond… attention la mer envoûte… rire.
    Pour ma part je n’ai pas eu le courage de larguer les amarres… Mais tout n’est pas fini… Mes enfants s’autonomisent… Et je ne suis pas si veille.
    Bon vent

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